mercredi 5 juillet 2023

Réchauffement climatique et conduite du potager

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Image La chaine météo
Après un été 2022 le plus chaud depuis la canicule de 2003 (Bilan ci-contre), le mois de juin 2023 sort lui-aussi des normales saisonnières et préfigure un été hors norme (encadré ci-dessous).

Quelles en seront les conséquences pour nos potager, et au delà de cet été, quelles seront dans les prochaines années les conséquences du réchauffement climatique sur la conduite de nos potagers ? De quels moyens disposons nous pour y faire face ?

 

Prévisions météo pour cet été (Régis Crépet, météorologue)

 À l'échelle du trimestre juillet-août-septembre, les températures prévues en France pourraient être supérieures aux moyennes de saison (basées sur les 30 dernières années) avec un écart proche des +1,5° à 2°C au total. Cette tendance chaude s'est mise en place en mois de juin, évolution qui est vue de façon assez unanime par les modèles numériques saisonniers. Dans ce contexte, des vagues de chaleur seront inévitables mais les orages pourraient limiter leur durée.

La pluviométrie est vue au-dessus des moyennes de saison sur la moitié sud de la France par le modèle Météo Consult * pour l'été, mais la fiabilité est plus limitée que pour les températures. En effet, certains modèles numériques présentent des scénarios parfois différents concernant la pluviométrie. Notre modèle envisage une évolution orageuse, principalement du sud-ouest vers le centre-est, et sur les arrières-pays méditerranéens. Le déficit serait donc moins marqué que l'été dernier, qui avait été caractérisé par une forte sécheresse. Mais l'évolution pour les prochains mois présente une fiabilité encore assez limitée à propos des précipitations. Ce sera toute la différence avec l'été dernier.

L'impact prévisible du changement climatique sur le potager

Le changement climatique a un impact significatif sur la conduite d'un potager dans le sud-ouest de la France, tout comme il affecte les jardins et les cultures dans de nombreuses régions du monde. Voici quelques points importants à considérer :

  • Augmentation des températures : Le changement climatique se traduit par une augmentation des températures moyennes. Dans le sud-ouest de la France, cela signifie des étés plus chauds et des vagues de chaleur plus fréquentes. Ces températures élevées peuvent stresser les plantes, entraîner une évaporation accrue de l'eau du sol et augmenter les besoins en arrosage.

  • Pénurie d'eau : Le changement climatique peut également entraîner des variations dans les précipitations et provoquer des périodes de sécheresse plus fréquentes ou plus intenses. Cela peut rendre difficile le maintien d'un niveau d'humidité optimal pour les plantes du potager.
    En savoir plus sur la sècheresse et ses conséquences

  • Modèles de précipitations : Bien que les sécheresses puissent être un problème, le changement climatique peut également provoquer des événements météorologiques plus intenses, tels que des orages accompagnés de pluies torrentielles, de grêle et de vents forts. Ces événements peuvent entraîner le tassement et l'érosion des sols et la perte de nutriments essentiels par lessivage.

  • Changements dans les saisons et les cycles de croissance : Le changement climatique perturbe les schémas saisonniers traditionnels, avec des hivers plus doux et des printemps plus précoces. Cela peut avoir un impact sur les cycles de croissance des plantes et nécessiter des ajustements dans le calendrier des semis, des récoltes et des soins aux cultures.

  • Apparition de nouvelles maladies et ravageurs : Les variations climatiques peuvent favoriser l'apparition de nouvelles maladies des plantes et la prolifération de ravageurs. Par exemple, des températures plus chaudes peuvent favoriser la propagation de certains champignons et parasites.

Comment adapter la gestion du potager face aux conséquences du changement climatique

Face à ces défis, il est essentiel de s'adapter aux évolutions du climat et d'adopter des pratiques de jardinage durables.

✔ Utiliser des variétés de légumes résistants à la chaleur et à la sècheresse

Dans les légumes actuellement cultivés dans nos potagers, certaines variétés sont connues pour leur résistance à la chaleur.

Tomate

Tomate exposée au soleil
La tomate à une plage de tolérance à la chaleur confortable (maximum 32°C le jour et 23°C la nuit)  mais qui peut être largement dépassée dans les conditions climatiques actuelles et futures. La conséquence de l'exposition à des températures supérieures à ces maximales  est un stress sévère qui peut empêcher les plants de produire des fruits (phénomène courant en serre amateur insuffisamment ventilée). En cas de stress prolongé, la pollinisation est déficiente et les fleurs tombent. En effet, la plante met toute son énergie à survivre et sacrifie sa fructification. Les feuilles se dessèchent et tombent, exposant les fruits restant au soleil; ils blanchissent et pourrissent.

Le choix de variétés résistantes à la chaleur est une solution à ce problème (Heatmater, Sun Pride, Solar Fire, Cherokee par exemple). Une autre consiste à avancer la période de fructification en utilisant des variétés précoces ( Early Girl, Fourth of July, Gregory altaï, Marmande, ...), qui auront fructifié avant les grosses chaleurs. Enfin l'ombrage, soit par un filet d'ombrage ou des canisses, soit par la culture de plantes grimpantes au-dessus des tomates (chayotes, cyclantères, ...) peut résoudre le problème, mais la tomate doit continuer à être exposée au soleil quelques heures par jour pour bien fuctifier.

Variétés d'autres légumes résistantes à la chaleur :

  • Poivron : Corno di Toro
  • Courgette : Tondo di Piacenza
  • Haricot  : Blauhilde
  • Carotte : De Carentan, de Colmar à coeur rouge, Marché de Paris
  • Salades : chicorées et romaines

D'une manière assez générale, les variétés anciennes résistent mieux à la sécheresse.

On peut également cultiver des légumes qui sont naturellement résistants à la sécheresse : le persil tubéreux, plus résistant que le panais,  la tétragone ou le chénopode Bon Henri à la place de l'épinard, la betterave rouge, l'artichaut, le chou de Bruxelle, la laitue romaine, la roquette, l'héliantis, l'oca du Pérou, la lentille, la pomme de terre vitelotte, le pourpier, l'oignon, l'échalotte, l'ail.
 
Enfin, on peut tenter la culture de légumes exotiques qui supportent bien la sècheresse comme le gombo (ou ocra), l'igname, le haricot mungo ,le haricot de kulthi , le soja, le pois chiche, la courge spaghetti, la patate douce, la capucine tubéreuse

✔ Pratiquer la rotation des cultures

Le changement climatique peut entraîner des variations dans les conditions environnementales, y compris des températures plus élevées, des précipitations fluctuantes qui peuvent favoriser l'apparition de nouvelles maladies et ravageurs. En pratiquant la rotation des cultures, on réduit les risques associés à ces changements en évitant de cultiver les mêmes plantes au même endroit chaque année. Cela permet de réduire l'accumulation de ravageurs spécifiques à une culture et de prévenir la propagation de maladies qui peuvent survivre dans le sol.

✔ Mettre en œuvre des méthodes de conservation des ressources en eau et de maintien de la structure du sol.

■ Récupérer l'eau de pluie

L'eau risque de devenir un bien rare à certaines périodes. Récupérer l'eau de pluie et la stocker est déjà un moyen efficace de se préparer à affronter la sécheresse. Il faut toutefois disposer d'un volume suffisant. Une cuve de 1000 litres  ne permettra qu'une dizaine d'arrosage sur 10m2 (un arrosage représente environ 10mm, soit 10l/m2). Il existe des citernes de stockage souples de 10m3 et plus à des prix modiques (environ 700€ pour 10m3). Encore faut-il avoir la place de l'installer (un vide sanitaire non utilisé peut être exploité à cette fin).

■ Adapter les quantités d'eau aux besoins des légumes, aux conditions météo et aux caractéristiques du sol

 Le tableau ci-contre (adapté de Terre Vivante) donne les quantités d'eau à prévoir pour quelques légumes et quelques stades de développement. 

Ces quantités doivent être adaptées suivant la nature du sol Un sol argileux retiendra plus l’eau. Il est alors moins nécessaire d’arroser. À l’inverse, dans un sol sableux, l’eau s’y draine rapidement.

Arroser en fonction des racines
Si les racines sont superficielles, comme celles des pois et des salades, mieux vaut privilégier des arrosages légers mais fréquents. Le sol en surface est rapidement sec, et c’est justement là que se trouvent les racines. Au contraire, les racines profondes ont besoin d’arrosages généreux et moins fréquents. C’est le cas des aubergines, des choux, des courgettes, des tomates, etc. Les racines peuvent alors puiser en profondeur, toute l’eau nécessaire au développement de la plante.

 

 

■ Couvrir le sol

La mise en place de paillis sur le sol est indispensable partout où il peut être pratiqué.

Le paillis aide à retenir l'humidité dans le sol, réduit l'évaporation de l'eau, protège les racines des variations de température et supprime la croissance des mauvaises herbes qui pourraient concurrencer les plantes pour l'eau. 

Il permet de conserver le sol frais et d'espacer les arrosages.

On peut utiliser les déchets végétaux du jardin, broyés à l'aide d'une tondeuse, du BRF, du foin ou de la paille (ces deux derniers broyés à l'aide d'une tondeuse pour en faciliter l'épandage). 

Pour être efficace, le paillis doit être assez épais (3 à 5cm), mais pas trop pour éviter qu'il absorbe l'eau d'arrosage.

■ Pratiquer le binage systématique, notamment après les précipitations

Le binage est une pratique  consistant à travailler le sol autour des plantes à l'aide d'une binette ou d'une griffe. Le binage est un bon moyen de conserver l'humidité du sol (un binage vaut 2 arrosages !). Il doit être pratiqué dès qu'une croûte se forme sur le sol, ce qui est fréquent après un orage ou sous l'effet des arrosages.

Le binage permet également d'éliminer les mauvaises herbes qui peuvent concurrencer les plantes cultivées pour l'eau et les nutriments. En éliminant les mauvaises herbes, on réduit la concurrence et les légumes peuvent bénéficier pleinement de l'eau disponible.

Le binage permet d'aérer le sol en brisant les mottes et en favorisant une meilleure circulation de l'air. Cela contribue à améliorer la structure du sol et favorise l'infiltration de l'eau, réduisant ainsi les risques d'engorgement et d'évaporation excessive.

Enfin, si on utilise du paillis organique autour des légumes, le binage permet de remettre en place le paillis qui pourrait avoir été déplacé.

■ Utiliser des techniques d'arrosage douces et économes en eau

Arrosage au goutte-à-goutte 

Cette méthode permet de délivrer de l'eau directement aux racines des plantes de manière ciblée et efficace. Elle réduit les pertes d'eau par évaporation et limite les risques de développement de mauvaises herbes. L'arrosage au goutte-à-goutte permet également d'économiser de l'eau en fournissant uniquement la quantité nécessaire à chaque plante.

Utilisation des oyas
L'arrosage avec des oyas est une méthode traditionnelle et écoresponsable qui peut être utilisée dans le potager. Les oyas sont des récipients en argile poreuse enterrés près des plantes. L'eau diffuse au niveau des racines à travers la paroi poreuse, le débit étant déterminé par le niveau de sécheresse autour de l'oya.

Oya
L'arrosage avec des oyas présente plusieurs avantages écologiques :
  • Économie d'eau : Les oyas permettent une irrigation lente et régulière, ce qui réduit les pertes d'eau par évaporation et permet une utilisation plus efficace de l'eau. L'eau est directement acheminée aux racines des plantes, évitant ainsi le gaspillage d'eau sur les mauvaises herbes ou les zones non cultivées,

  • Réduction des maladies fongiques : L'arrosage avec des oyas permet d'éviter de mouiller les feuilles des plantes, réduisant ainsi le risque de développement de maladies fongiques causées par une humidité excessive,

  • Autonomie : L'arrosage avec des oyas peut permettre de réduire la fréquence d'arrosage nécessaire,

  • Préservation de la biodiversité du sol : L'eau qui s'infiltre lentement dans le sol grâce aux oyas favorise une meilleure rétention d'eau et la croissance des micro-organismes bénéfiques dans le sol, ce qui contribue à maintenir un écosystème équilibré.

L'inconvénient des oyas est leur prix, mais il est possible d'en fabriquer à moindre coût avec des pots à fleurs en terre cuite (voir comment faire).
 
Arroser à l'arrosoir
L'arrosage à l'arrosoir est la technique la  plus précise et la plus économe en eau. L'arrosoir permet d’arroser en profondeur et de se rendre compte des quantités que l’on utilise. Grâce à lui, on peut indifféremment arroser au pied de la plante sans arroser les mauvaises herbes ou arroser les semis en pluie fine avec la pomme.

Arroser au bon moment de la journée
Arrosez votre potager tôt le matin ou en fin de journée lorsque les températures sont plus fraîches. Cela permet de réduire les pertes d'eau par évaporation, car l'eau a plus de chances de pénétrer dans le sol avant de s'évaporer.

S'équiper d'un pluviomètre
Afin d’affiner les apports d’eau des légumes, un pluviomètre permet de tenir compte de ce qu’ils ont déjà reçu avec les précipitations.

■ Apporter de la matière organique au sol

La matière organique, comme le compost, le fumier ou les résidus de culture, aide à améliorer la structure du sol. Elle favorise une meilleure agrégation des particules de sol, ce qui entraîne une meilleure rétention d'eau et une meilleure infiltration de l'air. Cela permet aux racines des plantes de se développer plus facilement et de mieux absorber les nutriments. La matière organique agit comme une éponge, capable de retenir l'eau dans le sol. Elle permet de prévenir la sécheresse du sol en retenant l'humidité, ce qui est particulièrement important pendant les périodes de sécheresse ou dans les régions où l'eau est limitée. 

L'ajout de matière organique au sol aide à prévenir l'érosion. Elle agit comme une couverture protectrice, réduisant l'impact direct des pluies et du vent sur le sol. Elle stabilise les particules du sol, réduisant ainsi les risques de ruissellement et d'érosion.

La matière organique ajoutée au sol contribue également à la séquestration du carbone atmosphérique. Elle est principalement composée de carbone, et son incorporation dans le sol permet de stocker ce carbone à long terme, contribuant ainsi à la lutte contre le changement climatique.

■ Aménager l'espace

Des aménagements tels que des haies ou des arbres créent de l'ombre et protègent les plantes sensibles à la chaleur. Des treillis, des voiles d'ombrage ou des pergolas permettent de fournir de l'ombre partielle à certaines cultures. Les cultures superposées, par exemple de la chayotte ou de la cyclanthère au-dessus des tomates jouent le même rôle. On peut s'inspirer de l'association courge, mais, haricot de la technique MILPA qui a fait ses preuves dans les zones tropicales de l’Amérique centrale et du sud.

 

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